Acheter français, c'est dans le programme du PSGIl l'a promis, Carlo Ancelotti : le PSG veut bien recruter français. Vu son mercato d'hiver (Motta, Alex, Maxwell), la Ligue 1 pourrait en douter. Elle attend de voir. L'été prochain, peut-être... Si l'espace laissé à Gameiro et Matuidi, recrutés il y a six mois pour 19 millions d'euros cumulés, ne refroidit ni le club ni les candidats au départ. Depuis le rachat du PSG par QSI, le discours dominant consiste à dire que cette acquisition "est une bonne chose pour la Ligue 1". On comprend l'idée : même si cela reste à démontrer, la "logique" voudrait qu'un club qui a pour ambition de se hisser au sommet de l'Europe tire le niveau général vers le haut. Espérons. Car au rythme ou tout cela évolue, un risque existe dont pas grand monde ne parle : celui de l'hégémonie dictatoriale par écart de niveau. Elle a été possible avec l'OL des grandes années au coeur des années 2000 (1). Pourquoi ne le serait-elle pas avec un PSG aux moyens faramineux ? Elle existe bien en Espagne avec un monstre à deux têtes.
A ce jour, il manque un maillon à la chaîne pour que le raisonnement d'un cercle vertueux tienne la route : que les colossaux moyens financiers de QSI soient réinjectés dans le circuit économique de la L1 et correctement utilisés. A ce jour la première condition n'est pas remplie. Pour la seconde, il faut faire confiance à l'avenir.
De Tavernost, premier protestataire officielLongtemps, les clubs français n'ont réussi à équilibrer leur budget qu'en revendant cher - à Lyon ou à l'étranger - des joueurs formés au centre ou éclos dans leur équipe première. Un jour la crise est arrivée et a tari cette source, mettant à mal des modèles basés sur des droits télés importants (mais non totalement sécurisés pour les quatre ans à venir) et des recettes alternatives trop marginales. Nous voici donc à l'ère des déficits quasi chroniques (130 millions d'euros en 2009, 64 en 2010), quasi généralisés (2), et sans vrai perspective avant l'Euro 2016, perçu comme l'horizon qui pourra changer la donne, avec les potentialités économiques des nouveaux stades. Pour tenir jusque là, la L1 a aperçu un bienfaiteur : le PSG. Mais celui-ci sort pour l'instant le chéquier pour les guichets d'à côté. Car si le PSG a concentré sur lui 35% de l'activité de janvier sur le marché français, il a versé ses 20 millions à Barcelone, à l'Inter et à Chelsea. Aucun euro à des clubs français. C'est dans ce contexte qu'est venu le premier tacle glissé, signé Nicolas de Tavernost, patron de M6 et de Bordeaux : "Le rachat du PSG est une mauvaise affaire pour les autres grands clubs français parce qu’il leur enlève toute rationalité économique."
Le mercato fébrile des trois premiers de la L1Si quelques clubs, comme le sien, ont joué comme ils l'ont pu la carte mercato en cherchant à renforcer leur équipe, la lecture des stratégies des trois premiers du classement de la saison dernière dresse il est vrai un panorama moins reluisant de la réalité économique du moment. Les porte-drapeaux de la L1 sur le plan européen ont détourné l'objet initial de la période hivernale des transferts. Sacrifiant l'intérêt sportif, ils se sont précipité sur les opportunités d'économies comme on se jette sur les deuxièmes démarques des soldes. L'OM en a été un symbole : un renfort "gratis" sur lequel le club a dû se défendre d'immoralité (Brandao), et un départ en catastrophe d'un joueur majeur pour faire baisser la masse salariale (Lucho).
Lyon, de son côté, a appliqué la stricte politique d'austérité à laquelle il est contraint jusqu'au 30 juin en ne recrutant pas malgré son souhait de dénicher un défenseur. L'aurait-il fait s'il avait trouvé preneur pour l'un de ses joueurs bankables? Peu probable. Quant à Lille, qui vit toujours sa vie de club ambitieux au-dessus de ses moyens en attendant son stade, il a réussi à faire passer le départ du meilleur buteur de la saison dernière (Sow) comme un ajustement tranquille. Bel effort, même si l'échange de communiqués qui a suivi montre une chose: que les éléments de pur business qui ont conduit le joueur à partir et le club à le céder ne sont pas faciles à assumer.
A tout cela, le PSG ne peut rien. Avec le reste de la L1, c'est peut-être un jeu de poker menteur qu'il a engagé pour les prochains marchés des transferts, car si les Qataris sont riches, il n'ont pas dans l'idée de multiplier les jurisprudences Pastore. Or, si le club de la capitale, sur le papier, n'a pas à se sentir dépositaire des futurs comptes d'exploitation de ses rivaux, le mercato lui a aussi envoyé un message : Paris a du pétrole, il a des dollars, il a des idées, mais il évolue dans un Championnat trop peu désirable pour les joueurs qu'il convoite. Sur notre antenne, Hatem Ben Arfa a expliqué que si une offre lui provenait du championnat suisse, cela lui ferait le même effet qu'un Tevez auquel on propose de venir en L1. QSI a peut-être sous-estimé ce risque, partiellement amorti par le recrutement de Carlo Ancelotti. Les pronostics sont ouverts : si par exemple le PSG injecte 120 millions d'euros dans le prochain marché pour attirer Hazard (Lille), Lisandro (Lyon), Valbuena ou Mbia (Marseille), Martin (Sochaux) et M'Vila (Rennes), aura-t-il renforcé ses adversaires ou les aura-t-il affaiblis ? Vivement juin.
