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Dans la tradition des Basques de Valence
D’Ignacio Eizaguirre à Guillermo Gorostiza en passant par Gaizka Mendieta, les Basques ont souvent réussi et laissé une empreinte durable à Valence. Dans cette lignée, figure désormais Unai Emery, fils, neveu et petit-fils de footballeurs professionnels. Dans les années 1920-1930, son grand-père, gardien de but, était une légende de la Real Union de Irun, vainqueur à deux reprises de la Copa del Rey. S’inscrivant pleinement dans cette lignée, le natif de Fuenterrabia passa par la cantera (le centre de formation) de la Real Sociedad, mais une blessure au genou freine la progression du gaucher qui doit se contenter d’une carrière dans les divisions inférieures : « Cette blessure fut, sans nul doute, le plus dur moment de ma carrière. J’étais proche d’accéder durablement à l’équipe première. »
Arrivé au milieu d’un champ de ruines après le passage calamiteux du Néerlandais Ronald Koeman, dont l’effigie en carton-pâte fut brûlée lors des Falles, la fête traditionnelle valencienne qui a lieu au mois de mars, Emery dispose d’un effectif de bonne qualité, mais encore marqué par les mises à l’écart de Santiago Cañizares, David Albelda et Miguel Angulo, trois monuments du club. Il doit repartir de zéro. Avant de signer à Valence, Emery a connu une trajectoire fulgurante. Ainsi, en l’espace d’à peine quatre ans, il est passé du statut d’entraîneur-joueur à Lorca, modeste club de troisième division qu’il emmena à l’étage supérieur dès sa première saison, au banc d’une des plus grosses écuries espagnoles. Entre-temps, deux saisons à la tête d’Almeria (Andalousie), au cours desquelles il fait monter le club en première division puis finir à une huitième place inespérée pour un promu, lui permettent de franchir un cap et de se faire un nom dans le milieu restreint des entraîneurs.
Champion du reste de la Liga
Après une première saison achevée à un honorable sixième rang, Unai Emery prouve qu’il apprend vite en finissant troisième les deux années suivantes : « J’aborde chaque nouvelle saison avec beaucoup d’espoirs, mais aussi beaucoup d’exigence. » En Espagne, une telle place signifie que Valence est le champion du reste de la Liga, celle qui n’a pas les moyens de se mêler à lutte entre le Barça et le Real Madrid. Adepte du turn-over, à la manière d’un Rafa Benitez, auteur du doublé Liga/Coupe de l’UEFA en 2004 avec les Chés, Emery aime conserver tout son groupe sous pression. À tel point que, tout au long de son mandat, il n’a jamais aligné le même onze titulaire deux fois de suite. C’est peut-être cela qui a permis aux Valencianistas de rester une place-forte du football européen et de compenser les départs de David « El Guaje » Villa et de David « El Chino » Silva en 2010 puis de Juan Mata en 2011. Cependant, cette politique donne lieu à quelques critiques qui déplorent l’inexistence d’un « style Emery ». Des critiques que le principal intéressé accepte sans trop s’y attarder : « Les critiques sont normales, car j’entraîne un grand club et il est difficile de contenter tout le monde ; cela dit, je me sens aimé ici et je reçois tous les jours des messages d’amitié. » En tout cas, cette gestion des forces et des hommes est une formule qui fonctionne et qui met en difficulté les autres entraîneurs qui ne savent jamais quels joueurs évolueront face à eux. Absolument pas impressionné, Emery est un des rares techniciens à poser des problèmes aux Blaugranas et aux Merengues, le seul à proposer un plan d’attaque construit qui ne se résume pas à un simple repli défensif dans les trente derniers mètres pendant 90 minutes.
Le plaisir comme philosophie
Parmi ses principes de jeu, Unai Emery met le plaisir en tête de liste : « J’ai toujours préféré l’emporter 4 à 3 plutôt que 1 à 0. » En effet, selon lui, le style de son équipe est prépondérant, car le public vient au stade avant tout pour voir du beau jeu et pas seulement une victoire, un leitmotiv à l’opposé de celui d’un José Mourinho pour qui seul le résultat et les trophées dans la vitrine sont un gage de qualité. Une philosophie que le Basque tient de Bernabé Tierno, philosophe et sociologue espagnol, célèbre pour ses écrits sur le bonheur et qui reçut la médaille d’honneur de l’UNICEF pour les 50 ans de l’organisation en novembre 1996 et du fantasque réalisateur italien Roberto Benigni, dont le chef-d’œuvre « La vie est belle » figure en bonne place dans son panthéon cinématographique. Ça, c’est pour la carte postale, car Mestalla a toujours plus loué son travail avec des moyens dérisoires que son style de jeu, parfois guère emballant.