Je poste ici une partie du dossier spéciale Emery de France Foot :
Citation
SA PHILOSOPHIE DE JEU PRESSING HAUT, LATÉRAUX OFFENSIFS ET ÉCRANS DE BASKET
Unai Emery prône un football à la fois aventureux et très étudié.
Reconnu pour son jeu offensif, Unai Emery ne reniera jamais ses principes. «On me parle souvent de la défaite 7-3 au Real (NDLR: le 30 octobre 2013, avec Séville). Oui, c’était embarrassant, mais je préfère cent fois perdre 7-3 en ayant produit du jeu que perdre 1-0 en restant derrière.» Jeune, l’entraîneur basque poussait ses envies de but à l’extrême. «Il a commencé à mettre de l’eau dans son vin à Valence, mais il voulait toujours imposer son jeu à l’adversaire, le chercher haut et utiliser toute la largeur du terrain, détaille Bruno Saltor. En tant que latéral droit, c’était un réel plaisir. L’une des premières choses qu’il attendait de moi concernait mon contrôle orienté. Ça le préoccupait beaucoup, comme le fait de réaliser une passe propre.» LA RECONVERSION DE JORDI ALBA. L’importance des latéraux est colossale dans son système assez libre où les permutations vont bon train chez les joueurs offensifs. «Tout le monde voit Jordi Alba comme un latéral gauche aujourd’hui, mais, à l’époque, il n’avait jamais joué à ce poste, explique Juan Sanchez, ancien attaquant et directeur sportif de Valence. Il jouait en réserve et Unai voulait l’essayer comme latéral.
Il estimait qu’il ne ferait jamais une grande carrière comme ailier, mais qu’il pouvait apporter comme latéral avec plus d’espace devant lui. Alba allait tellement vite qu’il le voyait évoluer comme un second milieu. Il a fallu convaincre le joueur. Mais, comme Unai est plus têtu que lui, ç’a marché.» Cette importance des latéraux se traduit même par un chant sévillan : «Emery, mete a Coke por Mariano!» Une écharpe a d’ailleurs été éditée avec ce fameux changement de latéral droit. Autre caractéristique, l’extrême soin accordé aux combinaisons sur phases arrêtées. «Il adore utiliser des écrans à la manière des joueurs de basket, narre Laurent De Palmas. Deux joueurs s’occupent de poser un blocage pour libérer la course d’un coéquipier qui vient couper la balle. On avait mis plein de buts sur corner ou coup franc grâce à ça, car on changeait souvent ces petits systèmes. D’ailleurs, on peut voir que Rami abuse des blocages en sélection, mais que personne ne s’en sert !»R. M.
Citation
LE SPARTAK, UN ÉCHEC?
En 2012, le technicien espagnol a été viré au bout de six mois du club moscovite. Où il n’a jamais été compris et inversement.
De mai à novembre 2012, Unai Emery a dirigé le Spartak Moscou. « C’est Valeri Karpine, alors directeur sportif, qui a noué les contacts. Il aimait sa manière de concevoir le football », explique Mikel Jauregi, qui a accompagné le technicien basque dans son staff. « On a été confrontés à un réel problème : la langue. Le russe étant totalement différent de l’espagnol, Unai a eu un souci de communication permanent avec les joueurs. Les traducteurs avaient aussi du mal à le comprendre, car il a tendance à parler vite. Il utilise aussi des expressions imagées, or, celles-ci ne veulent rien dire en russe une fois traduites littéralement. Et vu qu’il donne une grande importance à la psychologie et à la manière de parler aux joueurs... »
Qualifiée d’échec, sa parenthèse moscovite ne fut toutefois pas si désastreuse. « Loin de là, même », juge Alexis Prokopiev, président de l’association Russie-Libertés et fan du Spartak depuis sa tendre enfance. « Historiquement, le Spartak est un club réputé pour son beau jeu. Avec Emery, on avait retrouvé par moments cette identité historique avec des mouvements à une touche de balle. On a réalisé un sublime match à Barcelone, qu’on perd finalement 3-2. Il a toutefois subi de grosses défaites, et son image n’allait pas avec ce que les gens attendent d’un manager en Russie. Il était toujours souriant et ne semblait jamais souffrir d’une défaite.
Le jour où il a été photographié dans un restaurant après avoir perdu contre le CSKA, ç’a fait jaser. »
LÂCHÉ PAR LES JOUEURS RUSSES. De même que les revers 5-0 au Zénith Saint- Pétersbourg et 5-1 à domicile contre le Dynamo Moscou, pour ce qui fut son dernier match. « On disait à l’époque que les joueurs russes l’avaient lâché, qu’il y avait des conflits en interne, reprend Prokopiev. Dzyuba avait qualifié Emery de “petit entraîneur’’ après son limogeage. Ce que je remarque, c’est que personne n’a réussi au Spartak depuis des années, et que nous n’étions pas largués en Championnat (NDLR : cinquièmes). Je regrette qu’on ne lui ait pas donné plus de temps, comme beaucoup de supporters aujourd’hui. D’ailleurs, Dzyuba s’est récemment exprimé dans la presse pour dire qu’il s’était trompé sur Emery », conclut Prokopiev, qui décrit ces quelques mois comme « un couple qui ne se comprenait pas ».
Au final, Emery a dirigé le club moscovite à 26 reprises pour un bilan de 12 victoires, 4 nuls et 10 défaites. Son principal fait d’armes fut la qualification pour la phase de groupes de la Ligue des champions aux dépens du Fenerbahçe Istanbul (2-1, 1-1) en barrages. Le Spartak termina toutefois bon dernier derrière le Benfica, le Celtic Glasgow et le Barça.