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L’inquiétante mode de l’ivresse par les yeux
Ingurgiter de l’alcool par les yeux pour être soûl plus vite : c’est la tendance à la mode chez certains jeunes qui croient pouvoir s’enivrer ainsi. Selon les médecins, c’est à la fois absurde et dangereux pour la vue.
Vous pensiez avoir tout vu en matière de « jeux » d’alcool ? Vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Et cette fois, attention les yeux ! Débarqué des campus britanniques et popularisé par Internet, le phénomène de l’« eyeballing » est en train de gagner la France. Le principe : se verser de l’alcool dans les yeux contre la promesse d’une ivresse quasi immédiate.
Une « mode » bien étrange encore assez marginale, mais qui rencontre un succès grandissant chez certains adolescents. « Le phénomène est très récent en France, et concerne surtout les jeunes à la recherche de sensations extrêmes », analyse Patrice Huerre, pédopsychiatre*.
Si l’origine exacte de l’eyeballing fait débat, sa popularité est à mettre au crédit du site de partage de vidéos YouTube. Une centaine de films comptabilisant plus de 100 000 visionnages pour certains y montrent des groupes d’adolescents, souvent équipés d’une bouteille de vodka, en train de s’arroser l’oeil d’alcool. Des scènes aux allures de défi lancé entre amis, généralement suivies d’un cri de douleur provoqué par une sensation de brûlure intense.
« Ça fait mal à l’oeil, mais t’es bourré plus vite », résume un adolescent de 14 ans sur un forum Internet prisé des 15-18 ans. Pourtant, cette promesse d’ivresse éclair n’a rien d’évidente. Pour les ophtalmologistes, elle relèverait même du fantasme. « En pénétrant par les yeux, l’alcool va mettre plus de temps à passer dans le sang que par le système digestif, assure Béatrice Cochener, présidente de la Société française d’ophtalmologie. Surtout, la quantité d’alcool que l’oeil peut absorber est infime par rapport à une ingestion par la bouche. » Mais ce sont les conséquences pour l’oeil qui inquiètent. « L’alcool va brûler la surface de la cornée, provoquant une inflammation très dangereuse. A long terme, le risque d’altération de la vue est réel. »
Si aucun accident lié à l’eyeballing ne semble avoir encore été recensé en France, la presse britannique a récemment rapporté le cas d’une étudiante de 22 ans dont l’oeil gauche sécrète des larmes en continu, avec une douleur permanente. Reste à savoir comment réagir face à ces pratiques extrêmes. « Il faut être pédagogue et expliquer à son enfant les raisons objectives pour lesquelles un tel jeu peut être dangereux », souligne Patrice Huerre. Problème : « Il est fort probable que les ados qui s’adonnent à l’eyeballing le font déjà soûls, et ne se rendent donc pas compte des dangers qu’ils encourent », avertit Béatrice Cochener.
Le Parisien
Y en a qui ont testé ?