Quand le PSG jouait au rugbyLe Paris Saint Germain est un club omnisport. On connaît le PSG football, le PSG handball, voir même les négociations en cours pour monter un PSG basket … En revanche, le PSG rugby, est loin d’avoir marqué les esprits. D’abord parce que c’était du rugby à XIII, ensuite parce qu’il n’a pas duré.
Zouk Machine et Rupert MurdochLe XIII n’a pas la même aura en France que dans le monde anglo-saxon. Et pour cause, s’il a connu sa période de gloire dans les années 30, au point de fortement menacer le XV, il fut stoppé dans son élan par le régime de Vichy qui l’interdira dès 1941, au motif de sa professionnalisation bien amorcée. Un demi siècle plus tard, au milieu des années 90, le professionnalisme fait encore débat dans le petit monde du rugby français. Son principal partisan, le mythique Jacques Fouroux, faute d’appuis nécessaires dans le XV, décide alors de se consacrer à son petit frère du XIII ! En 1994, une France Rugby League – en anglais s’il vous plait – voit le jour. Une compétition sur un mois, d’aout à septembre, opposant des provinces régionales, est disputée dans les stations balnéaires du sud du pays. Une sorte d’Intervilles du rugby en sorte, qui mêle sport et divertissements. D’ailleurs, c’est Zouk Machine qui lancera le tout premier match à Perpignan, en ce 10 aout 1995, entre une sélection d’Ile de France et une de Marseille. Mais le PSG Rugby lui, naîtra bien plus loin des frontières hexagonales.

Cette section treiziste est née d’une guerre. D’une guerre médiatique. D’une guerre médiatique … en Australie. Bref, pour faire court, en 1997, l’inévitable Rupert Murdoch se fait sucrer les droits de diffusion du championnat national de XIII et décide donc de lancer sa propre compétition, bien entendue retransmise sur ses chaînes. Sauf qu’interdite par la justice australienne, il se voit contraint d’exporter sa Super League en Europe. Contre bien entendu des chèques confortables (on parle d’un millions de livres par club chaque saison), plusieurs équipes voient le jour, d’abord britanniques …. mais aussi françaises. Dans l’Hexagone, une doit voir le jour – en vain – à Toulouse, et une … à Paris. Pour couronner le tout, Fouroux se voit même proposer la présidence de cette dernière, mettant fin par la même occasion à sa France Rugby League. Murdoch aux manettes, Fouroux sur le terrain, avec le même objectif : du spectacle.
Des rêves de grandeur au fils à JoLe 23 décembre 1995, Charles Biétry, alors président du PSG Omnisport et accessoirement directeur des sports de Canal + qui s’est associé au projet, annonce ainsi officiellement la création de la section treiziste du club : la PSG Rugby League est née. Les espoirs de relancer le XII français devant l’esspr du XV renaissent par la même occasion. D’ailleurs, les responsables français de la discipline sont persuadés qu’ils doivent sortir d’un confinement géographique qui les limite au sud ouest du pays et viser directement la capitale. Pour faire découvrir leur jeu, il est prévu que l’entrée du stade soit gratuite, et que les spectateurs assistent même à “des soirées à grand spectacle avec chanteurs et sports de démonstration” comme on peut le lire dans Libération. Comme quoi Guazzini n’a rien inventé. La fédé rêve même de voir cette équipe rejouer au stade de la Cipale, dans le bois de Vincennes, haut lieu de la discipline dans la capitale. Sauf qu’il faut avant tout monter une équipe de toutes pièces. “Pour le moment, je mets en place une équipe qui n’a jamais joué” déclare ainsi Michel Mazaré, ancienne gloire du XIII de France, tout juste nommé entraîneur.

Le recrutement commence dès le 11 janvier … à Toulouse. Une soixantaine de joueurs sont testés techniquement et physiquement, pour au final donner naissance à une équipe multinationale. On y retrouve des français, aussi bien des treizistes (qui continuent en même temps à jouer dans le championnat national de XIII avec leurs équipes), mais aussi d’anciens internationaux débauchés au XV comme Bernard Lacombe, et aussi quelques australiens, des samoans, ou encore un moldave et un polonais. La star de l’équipe elle, est néo zélandaise. Darren Adams (qui finira sa carrière dans Le Fils à Jo), bucheron de formation dans son île natale, vient du XV où il portait les couleurs du Racing et s’impose rapidement avec ses 112 kilos comme le joueur à suivre de la nouvelle franchise. Tout est fait pour rendre la jeune franchise performante. Dès le 29 mars 1996, le PSG dispute et remporte à Charléty son tout premier match contre les anglais de Sheffield, devant pas moins de 18 000 spectateurs venus de la France entière. Fouroux, comblé, déclare d’ailleurs à la presse “98% d’entre eux découvrent le XIII, mais ils l’ont compris directement. Ils ont vue des essais beaucoup d’engagement et de mouvements. Ils ont vu quelque chose de beau. Ils ont assisté à une grande fête”.
Melbourne sur SeineMais le rêve va tourner rapidement au cauchemar. Le stade et les caisses se vident, les contre performances s’accumulent … Le PSG termine sa première saison à l’avant dernière place, avec 3 victoires pour 18 défaites. Dès le 11 septembre 1996, Fouroux démissionne, l’assise française du club s’évanouit. Pour sa deuxième saison, la franchise peut alors compter sur l’apport d’un nouveau coach australien, à la tête de 21 de ses compatriotes, et d’un néo zélandais … Outre manche, The Independent résume parfaitement la situation dans sa présentation de la saison : “Un nouveau coach très organisé et tout un nouveau lot de joueurs promettant de faire de Paris une équipe beaucoup plus difficile à battre. Ils prendront suffisamment de points pour être respectables, mais en l’absence de joueurs français, est ce que quelqu’un à Paris va être intéressé ?”. Et encore, ils étaient un peu trop optimistes. Dès le mois de mai, le nouvel entraîneur est remplacé, ce qui n’enrayera pas la spirale de défaites.

Les joueurs coûtent cher, et faute d’une véritable assise populaire, plus personne ne se presse en tribune. “Paris était trop loin du sud” en déduira quelques années plus tard Frédéric Banquet, son ancien centre international. Et pour couronner le tout, à cela viendra bien rapidement s’ajouter une affaire de contrats non déclarés. Une bonne partie de ces australiens n’auraient en effet pas de contrat de travail, mais juste un visa touristique … C’en est trop. A l’été, le PSG se désengage de ce qui devient donc le Paris Rugby League. Et malgré un maintien assuré et une dernière victoire de prestige sur Wigan le 12 juillet 1997, les instances britanniques décident rapidement de mettre fin à leur aventure de l’autre côté de la Manche.
Le XIII n’aura plus sa place au sein d’un PSG Omnisport qui disparaîtra d’ailleurs à son tour au début des années 2000. Depuis, voir le club de la capitale s’engager à nouveau dans le rugby semble plus qu’hypothétique, même quand BeIn Sport, qui a le même propriétaire … que le PSG, chaîne alors dirigée … par Charles Biétry, a racheté les droits … de cette même Super League anglaise.
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