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Dopage : après Armstrong, le Dr Fuentes passera-t-il aux aveux ?
Dix jours après les aveux de Lance Armstrong, d'autres confessions sont très attendues : celles d'Eufemiano Fuentes. Plus de 150 journalistes européens et américains se sont fait accréditer pour assister, lundi 28 janvier, au tribunal pénal de Madrid, à l'ouverture du procès de l'"opération Puerto" dont le médecin espagnol est le principal accusé.
Menée en mai 2006 par la garde civile, ladite "opération Puerto" avait mis au jour un vaste réseau de dopage sanguin organisé depuis la capitale espagnole par Eufemiano Fuentes et ses complices. Sept ans après, l'enquête débouche enfin sur un procès dont les observateurs espèrent des révélations, ou plutôt des confirmations. A savoir que le bon docteur n'a pas seulement prodigué ses conseils à des coureurs cyclistes mais à une kyrielle de sportifs. "Dans l'affaire Puerto, tout le monde sait qu'il n'y a pas que des cyclistes impliqués", a répété il y a quelques semaines à la télévision allemande ZDF, l'Américain Tyler Hamilton, l'ex-bras droit de Lance Armstrong et ancien client de Fuentes. "D'autres sportifs doivent être inquiétés et notamment des footballeurs, des tennismen et plein d'autres sportifs."
Mais les attentes de Tyler Hamilton et des médias risquent d'être déçues. Car si l'on regarde attentivement l'ordonnance de renvoi, on constate qu'Eufemiano Fuentes n'est pas poursuivi pour des faits de dopage mais uniquement pour "délit à la santé publique". La défense du médecin, qui risque une peine de deux ans de prison, devrait donc se limiter à démontrer que ses pratiques médicales n'étaient pas dangereuses pour ses clients sans pour autant en dévoiler l'identité. Et si on épluche la liste des sportifs appelés à témoigner jusqu'à la fin du procès, le 22 mars, on trouvera bien quelques noms célèbres comme Alberto Contador mais exclusivement des coureurs.
"On nous a toujours dit que les patients traités par cet homme provenaient de nombreux sports. Il est frustrant et décevant que le cyclisme soit le seul sport visé", regrette David Howman, le directeur de l'Agence mondiale antidopage, partie civile dans le procès. L'ancien coureur espagnol, Jesus Manzano, également partie civile, a déclaré avoir croisé des footballeurs de premier rang dans les consultations de Fuentes. Et dans un entretien au Monde, publié le 8 décembre 2006, le médecin canarien reconnaissait lui-même avoir "travaillé avec des clubs de première et deuxième division espagnole" et avoir aussi collaboré avec "des athlètes, des boxeurs, des joueurs de tennis, de handball..." Des révélations qui ont valu au Monde d'être attaqué –et condamné – pour diffamation par le FC Barcelone et le Real Madrid et à l'affaire Puerto d'être classée sans suite à deux reprises –en 2007 et 2009 – avant d'être rouverte en prenant bien soin de ne s'attacher qu'aux activités "cyclistes" du médecin.
"VOLONTÉ D'ÉTOUFFEMENT"
Une enquête qui reste "inachevée", pour reprendre la formule de l'avocat général. En outre, le juge d'instruction n'aura jamais ordonné à la police d'aller perquisitionner le bureau du médecin, à Las Palmas (Canaries) où Le Monde avait pu consulter les programmes concoctés pour les clubs de football. En décembre 2010, lors de l'opération Galgo, la garde civile a bien mis en évidence que Fuentes avait aussi été au service de l'athlétisme ibérique et de sa "grande dame", Marta Dominguez. Lors de sa détention, le médecin s'épancha auprès de l'un de ses codétenus : "Si je disais tout ce que je sais, adieu le Mondial et l'Euro", en référence au doublé réalisé par l'équipe d'Espagne de football. Quelques semaines plus tard, l'opération Galgo était classée sans suite.
Il y a quelques jours, l'ex-coureur allemand Jörg Jaksche a déclaré au quotidien britannique The Telegraph que la police allemande suspectait Fuentes d'être intervenu auprès de plusieurs sélections pendant le Mondial 2006, à Francfort. "Quand vous regardez les vidéos de la police pendant le raid chez Fuentes, ils ouvrent le frigo et sortent les poches de sang. Il y avait des noms de code pour identifier les athlètes mais ces noms n'apparaissent nulle part dans les rapports. Je crois qu'il y a eu une volonté d'étouffement par le gouvernement espagnol", a indiqué l'ancien patient du médecin canarien dont l'audition est prévue le 11 février. Le vainqueur du Tour de France 2006, Oscar Pereiro, ne pensait pas autre chose lorsqu'il regrettait il y a quelques mois, à la télévision espagnole, que "personne, dans ce pays, n'ait les couilles de dire la vérité sur l'opération Puerto".
Sans blague