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À Froome de jouer
Comme depuis le début de la saison, le collectif des Sky a répondu présent, avec une victoire dans le chrono par équipes. Mais leur leader va-t-il être à la hauteur ?
L’ÉQUIPE SKY est le jouet de Dave Brailsford, c’est même son écran magique. Vous savez, ce petit tableau aux bords rouges sur lequel on peut tracer des lignes à l’aide de deux gros boutons blancs avant de le secouer pour repartir de zéro. Cet hiver, au sortir d’une annus horibilis, le manager gallois a retourné dans tous les sens son télécran – c’est son nom officiel – pour remettre son équipe sur les rails.
Sir Dave est un adepte de la politique de la table rase, pas de celle des petits pas. Il aime également les plans quinquennaux, mais on ne sait pas s’il faut y voir un brin de nostalgie pour l’Union soviétique. « Je voulais repartir d’une page blanche, justifiait-il hier, réfugié dans le camion-atelier de sa formation. Je voulais du renouveau, pas seulement de l’adaptation. Donc, plutôt que de medemander quelle était la prochaine étape, j’ai réfléchi à notre équipe de 2020, au visage que j’aimerais qu’elle ait. À partir de là, j’ai déroulé toutes les étapes pour y arriver. Virtuellement, je me suis viré moi-même et je me suis demandé ce que je ferais si c’était mon premier jour à ce poste. » Voilà pour le discours, bien « packagé ». Quant à la méthode, il n’en dira rien. Dave Brailsford assure que tout a été passé en revue, que des modifications ont été apportées dans l’approche des entraînements, mais il refuse de donner des détails. Les Sky ont cherché un autre endroit pour leurs stages en altitude, afin de briser les habitudes, mais ils n’ont pas trouvé mieux que le volcan Teide, sur l’île de Tenerife. Brailsford a fait un voyage à San Francisco pour rencontrer des start-up et dénicher de nouveaux outils. Il a également passé ses troupes au shaker.
LES SOLDATS ASSURENT, LE GÉNÉRAL TREMBLOTE
L’ancien médecin-chef, Allan Farrell, associé à l’affaire de l’AUT de Froome (*), a quitté Sky pour raisons personnelles. Chris Haynes, qui était détaché de Sky Sports, la chaîne de télévision, pour superviser la communication, s’occupe désormais du cricket anglais. Un nouveau nutritionniste est arrivé, de même qu’un entraîneur supplémentaire et surtout espagnol, afin de renforcer le lien avec la clique des coureurs hispanophones, et un expert scientifique, Robby Ketchell, qui officiait auparavant c hez Garmin. « Avec Tim (Kerrison, l’entraîneur principal) et les autres autour de moi, on commençait à penser pareil, à proposer les mêmes solutions, explique Brailsford, parce que ça fait tellement long-
temps qu’on travaille ensemble... Je voulais qu’il y ait à nouveau une diversité dans les points de vue, que certains jouent le rôle de l’avocat du diable. »
Impossible d’évaluer pour l’instant si ces changements sont cosmétiques ou s’ils ont eu un impact. En tout cas, mêmeles rôles au sein de l’équipe semblent avoir été chamboulés. Il y a deux ans, quand il éparpillait tout le monde dans la première étape pyrénéenne du Tour de France, Chris Froome offrait des garanties en béton armé, alors qu’on moquait la fragilité de ses équipiers. Aujourd’hui, les soldats de Sky ont rempli leur contrat depuis le début de saison – Richie Porte a remporté Paris-Nice, la Catalogne et le Trentin, Geraint Thomas le GP E3, Ian Stannard le Nieuwsblad... –, mais le général Froomey semble avoir la main qui tremblote.
Hier, les Sky ont mis leur leader dans les meilleures dispositions pour la semaine en remportant le contre-la-montre par équipes. « Mais la victoire ici n’est pas importante, évacue Brailsford, il faut surtout que Chris engrange des jours de course et qu’il retrouve le rythme de la compétition. » Lundi soir, au milieu d’une volée de platitudes, Chris Froome a expliqué qu’il se ressentait encore de sa chute dans la Flèche Wallonne – mercredi dernier – mais aussi que la Romandie serait « une première clé pour le Tour de France » . Elle nous dira si le Britannique est dans les temps pour son rendezvous de juillet.
Kiplé
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