Brunel se fait Porte dans l'equipe du jour, Nemeto c'est pour toi

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Le Mortirolo peut attendre
Richie Porte ne verra pas le mythique col italien aujourd’hui. L’Australien de la Sky s’est éclipsé du Giro en catimini hier matin.
IL NE REPARTIRA PAS ce matin de Pinzolo et n’aura vu des Dolomites, du fond de son épuisement, que les contours enneigés, un peu flous, de Madonna di Campiglio, la perle du somptueux massif de la Brenta où Richie Porte s’était présenté la veille, en pleine dérive, avec vingt-sept minutes de retard sur Alberto Contador et Fabio Aru qui le redoutaient encore au départ de San Remo. Que lui est-il arrivé ? Se relèvera-t-il aisément de cette triste expérience ? De cette Berezina personnelle, qui n’est pas sans rappeler la débâcle de sir Bradley Wiggins ici même en 2013 ? Le temps fera son oeuvre. Mais quelque chose s’est brisé chez le Tasmanien qui avait tout gagné cette saison – Paris-Nice, Tour de Catalogne, Tour du Trentin – mais dont l’image est aujourd’hui sérieusement écornée.
Par son échec, humiliant et «cruel» commeil l’a défini. En regard aussi de son comportement, des privilèges ahurissants dont il jouissait, excessifs en regard de son palmarès, vierge de toute victoire dans un grand Tour. Tout s’était dégradé à San Remoquand on avait appris qu’il dormait seul (avec l’approbation de l’UCI) dans un motor- home aseptisé, à l’américaine, de 250 000 dollars et de 12 mètres de long parqué chaque soir au pied de l’hôtel des Sky. Un « sanctuaire » où chaque visiteur était convié à se désinfecter les mains avant d’entrer. Porte y vivait à l’écart des bactéries, de ses équipiers et des nuisances des hôtels de province, des ennuis de tuyauterie, des voisinages hasardeux, des bagages à faire et à défaire. « Il est important qu’il puisse vivre dans la même ambiance, dans le même lit », avait assuré Dave Brailsford, le manager de l’équipe britannique, un adepte obsessionnel et maniaque du «minimal gain».
Porte avait d’ailleurs effectué le transfert à Civitanova Marche en hélicoptère pendant que ses équipiers dînaient d’une pizza sur le pouce sur une aire d’autoroute. « Quel besoin a-t-il de ce motorhome et quel usage en fait-il? Il y aura toujours quelqu’un pour penser qu’il s’en sert comme d’une chambre hyperbare», avait polémiqué Mario Cipollini sur la RAI. On s’interrogeait à propos de l’utilité de ce motor-home quand ses équipiers l ’ oublièrent – sciemment ou non? – sur crevaison, juste avant l’arrivée à Forli, où Porte, seul sur la route, avait reçu l’aide de son compatriote Simon Clarke, aide illicite car venant d’un membre d’une équipe concurrente, Orica-GreenEdge.
Comment la Sky avait-elle pu le laisser seul ? « À quoi servent cet hélicoptère, ce motor-home, s’ils oublient ensuite le b.a.-ba du métier ? », s’était interrogé Paolo Bettini dans la Gazzetta. Pour la Sky, un flop retentissant et, pour Porte, le début d’un lent crépuscule, d’autant qu’il donnait des signes de lassitude. « À Forli, il criait à ses équipiers de l’attendre, de ralentir », avait témoigné Mikel Landa d’Astana.
PORTE : « IL MEFAUDRA REPRENDRE LE VÉLO. JE SAIS DÉJÀ QUE CE SERA DUR »
Dans le peloton, ses mésaventures faisaient sourire. « Il y a des jours dans un grand Tour où un leader a besoin du soutien de son équipe », avait ironisé Contador. Ses plus incorrigibles partisans espéraient encore un sursaut de sa part dans le chrono de Valdobbiadene samedi dernier. Mais Porte n’en était plus capable. Il évoluait dans un climat de reproche, de controverse et d’antipathie marquée, s’ étant en outre aliéné, par son arrogance, la sympathie de nos confrères italiens. Quand l’un d’eux l’avait questionné à Civitanova sur la beauté du Mortirolo, la montagne de Pantani, au programme aujourd’hui, Porte avait rétorqué avec effronterie. « C’est un col comme un autre, l’important sera d’arriver en haut le premier. »
Mais Porte ne verra pas le Mortirolo. Ce col « comme les autres » que Contador redoute et que Fabio Aru range dans l’armorial des hauts lieux légendaires du Giro. L’Australien s’est effacé de la course, avant-hier, sur le Passo Daone où le photographe Roberto Bettini l’a surpris parmi des attardés, le regard vide « comme absent ». Il n’était plus que le spectre de lui-même, son double, son être défunt. Sans doute avait-il déjà pris la décision de se retirer. « Demain, je serai chez moi, au lieu d’être ici, à lutter pour le maillot rose. Et puis, un jour, il me faudra reprendre le vélo. Je sais déjà que ce sera dur » , avait- i l murmuré avant de s’éclipser, en catimini, conscient de se retrouver au pied d’un autre col, métaphysique, une pente difficile à remonter. Son avenir ? Il pourrait le vivre en dehors de la Sky. On le dit en négociation avec BMC. Qui sait s’il regardera la fin de ce Giro à la télévision, chez lui à Monte-Carlo, ce Giro qui n’était pour lui qu’une « course comme les autres » de même qu’il est devenu, dans l’abandon, « un coureur comme les autres » que les tifosi oublieront très vite, si ce n’est déjà fait.