Le dossier Manchester City c'est beaucoup plus grave que le notre :
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le cheikh Mansour a mis 127,5 M€ de sa poche en 2012 sur les 140 M€ par les quatre sponsors émiratis du club. Ou, plus clairement : le cheikh Mansour a donné 127,5 M€ à ces sponsors - Etihad Airways, Etisalat (télécoms), l'Autorité du tourisme d'Abou Dhabi et Aabar, une société d'investissement - et ceux-ci ont reversé l'argent au club.
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Ces pratiques ont cours quasiment depuis le premier jour. En 2010, Simon Pearce, président du conseil d'administration et proche du cheikh, avait prévu un contrat de 15 M€ avec Aabar. Et expliqué sans ciller que la société d'investissement verserait en fait trois millions, le reste étant «procuré par Son Altesse».
En 2013, après le durcissement des règles par l'UEFA, Pearce suggère alors de gonfler et antidater des contrats existants, selon les Football Leaks. Et a cette phrase : «On peut faire ce qu'on veut». Sous-entendu : Mansour paiera.
Les années suivantes, et malgré l'audit de l'UEFA qui, en 2014, révèle que les sponsors paient deux fois trop cher pour ces contrats, le système perdure. En 2015, Etihad verse 67,5 millions de livres à Manchester City. Mais seulement 8 millions viennent vraiment de la compagnie. Le reste ? Payé par le cheikh. Evidemment, les parties contactées par Mediapart ont démenti.
Il ressort là qu'outre l'argent injecté directement - il est question de 1,23 milliard d'euros dépensés en mai 2012, soit en trois ans et demi -, le cheikh Mansour a investi des centaines de millions cachés.
Mais cela n'a pas suffi. Épinglé sur le montant des contrats, City ne peut les gonfler encore. Il faut donc réduire les dépenses.
C'est le deuxième étage de la fusée, appelé «projet Longbow» et lancé en 2013. Son principe ? Externaliser certains coûts. Dans un document de 2012 dont Mediapart publie une copie, il est question d'économiser ainsi 51,7 millions de livres sur les contrats d'image, le coaching, le secteur médical, les recruteurs, etc.
Pour y parvenir, City utilise des sociétés parallèles, dont les dépenses seront couvertes... par le cheikh Mansour. Exemple, la société Fordham. En mai 2013, le club cède les contrats d'image de ses meilleurs joueurs - Sergio Agüero, David Silva, etc. - à une filiale baptisée «Manchester City» Football Club (Image Rights) Limited ». Le même jour, cette filiale est vendue à une banque. Premier bénéfice : 24,5 millions de livres empochés par le club.
Par le jeu d'un changement de nom et de montages à l'abri des paradis fiscaux, l'ancienne filiale devient Fordham, qui est un simple écran : elle paie les contrats d'image des joueurs mais c'est bien la holding du cheikh Mansour qui apporte les fonds. Et Manchester City qui gagne des dizaines de millions de livres sur la publicité.
C'était un peu gros, quand même, et l'UEFA s'est penché sur cet accord en 2014. Et si Mediapart écrit que City ne vend plus ses contrats d'image, en 2017, Fordham existait toujours... et perdait de l'argent.