Blanc et la théorie Domenech 2006 :
Samedi 28 septembre 2013. Le PSG bat Toulouse 2-0.
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Un fait relaté au fil du commentaire en direct autorise une lecture différente. On joue depuis soixante-quinze minutes environ. Matuidi s'apprête à entrer en jeu. Remplacé cinq minutes plus tôt par Edinson Cavani, Zlatan Ibrahimovic est assis sur le banc. Le meilleur buteur de L1 2012-13, qui n'a pas cadré un seul tir du match, s'adresse à Claude Makélélé, l'adjoint de Laurent Blanc. "Pourquoi vous voulez changer? L'équipe est très bien comme ça."
Ibra ne sera pas entendu. Matuidi remplacera finalement le Brésilien Lucas. Mais que le joueur emblématique du club, capitaine en l'absence de Thiago Silva, se permette, même sur un ton badin, d'empiéter sur les platebandes du staff technique est symptomatique d'une situation de pouvoir pour le moins inhabituelle.
En d'autres lieux, d'autres clubs, l'affaire n'en resterait pas là. Imaginons la réaction d'un Wenger, d'un Mourinho, d'un Klopp, d'un Guardiola, face à pareille ingérence dans leur champ de compétence. D'un Ranieri, d'un Baup pour se limiter à la Ligue 1. Le dépassement de fonction n'en resterait pas sans suite.
Rien de tel avec Zlatan. Les informations qui filtrent du vestiaire parisien sont troublantes à ce sujet: au PSG, les seuls joueurs placés sous l'autorité de leur entraineur seraient les Français, surtout les Français qui ne jouent pas: Christophe Jallet, Nicolas Douchez, Hervin Ongenda.
Les autres, les stars évidemment, évolueraient dans un étrange égosystème, que nous nommerons par commodité "autogestion". Cet égosystème définirait qui joue, à quel poste, qui prend place sur le banc, qui s'exile en tribunes. Et dans l'égosystème, le Président serait Zlatan.
Soyons clair: que les faits soient réels ou supposés, la question du poids de "Zlatan" dans le vestiaire parisien n'est pas nouvelle. Elle se posait déjà sous le mandat de Carlo Ancelotti. Au point que le manager italien s'était fendu d'une mise au point aussi ferme que débonnaire au soir d'un important PSG - Lyon (1-0), le 16 décembre dernier. Je cite: "Zlatan fait beaucoup mais il n'est pas encore l'entraineur. Je ne sais pas s'il va être l'entraineur dans le futur car il sait très bien que le travail de l'entraineur est difficile."
Ancelotti est parti au Real. Emportant son palmarès, son influence, sa placide autorité. Comment réagirait Zlatan en cas de crise de novembre? Son soutien à l'actuel entraineur serait-il total? Quid de la frange italienne du vestiaire? Des joueurs sous contrat avec l'agent Mino Raïola, l'ennemi de Jean-Pierre Bernès, lui-même agent de Laurent Blanc?
PSG Olympiakos 2-1 27 novembre 2013
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Thiago Silva donnant des consignes à Laurent Blanc. C'est l'incroyable image diffusée par Canal Plus hier soir, dans la foulée de la victoire du PSG face à l'Olympiakos (2-1). Cette séquence, habilement montée par les talentueux opérateurs de la chaine cryptée en dit long. Au PSG, les joueurs n'ont pas le pouvoir, mais ils ont de l'influence, et Laurent Blanc doit faire avec. Ce n'est pas, pour reprendre un célèbre mot de Jacques Chirac prononcé en son temps au sujet de Sarkozy, Thiago Silva qui "décide" et Laurent Blanc qui "exécute", ce serait aller au-delà de la vérité que de tirer pareille conclusion, mais c'est un fait qui n'est pas à négliger.
Il donc est certain que ce que Thiago Silva dit influence Laurent Blanc, et celui-ci l'a avoué : "Quand Marco Verratti est sorti on a gardé nos deux attaquants axiaux. Mais l’Olympiakos nous dominait et Thiago sentait qu’on était en train de souffrir donc il demandait si on ne pouvait pas faire rentrer un milieu, explique Blanc. Ça prouve qu’il avait l’analyse de le faire, que c’est un grand joueur et peut-être un grand entraîneur dans le futur. Donc on a mis Edinson sur le côté gauche et Ibra seul devant".
Dans le fond, il n'y a pas là matière à entretenir une polémique factice. Si cette séquence a un mérite, c'est de montrer que le succès de Laurent Blanc à la tête du PSG repose d'abord et avant tout sur des joueurs plus doués que la moyenne, et aussi, sans aucun doute, plus intelligents que cette même moyenne. Entendons-nous bien : on ne fait pas ici un procès en usurpation de pouvoir à Laurent Blanc. Fort de ces joueurs là, l'entraineur parisien en tient compte, c'est de sa part, une preuve d'intelligence. Dont acte. Une chaine de solidarité lie toutes les forces du PSG comme on ne l'avait pas vu depuis le milieu des années 90 : qui s'en plaindra ? Cela n'interdit pas de s'interroger : avec de tels joueurs, les résultats seraient-ils identiques, Laurent Blanc ou pas Laurent Blanc... Que voilà un débat comme on les aime dans le football... Il est donc lancé...